31 juillet & 1er août 2021
Abbaye de Floreffe

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Un détour vers un futur féministe, c’est possible !

Détour vers le futur !
  • Wednesday 28 July 2021 à 14:00

Dans ce dernier épisode, Alixe et Malaïka ont interrogé Eli et Cécile (plan SACHA), Maguy (militante Bepax), S3toca (rappeuse) et Maya (la CLAC) sur les enjeux des féminismes dans l’événementiel, dans l’industrie de la musique, mais également à échelle sociétal. Ensemble, iels pointent et envisage les priorités ainsi que les perspectives afin d’envisager un futur plus féministe !

Un tout grand merci aux personnes qui ont participé à cet épisode : Cécile & Eli du Plan SACHA, Maguy de BePax, Maya du Collectif de Lutte Anti Carcérale ainsi qu’à S3toca, jeune talent !

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[Générique: Tshegue "Survivor"]

Alixe: Alors que le paysage belge est clivé, isolé par les mesures Covid, les inégalités explosent et le secteur culturel est déclaré non-essentiel. Pourtant, cette période est un tournant pour nos sociétés. Il est temps que l'on se réapproprie notre histoire commune, que l'on relance la culture. Bref, c'est le moment de renaître.

[Transition musicale]

Alixe: Depuis 2018, à Esperanzah!, nous avons mis en place le Plan SACHA qui vise à lutter contre les violences sexuelles et sexistes en milieu festif. Effectivement, nous nous sommes rendu compte que tant qu'on n'y prête pas attention, il est facile de passer à côté de violences qui touchent près de la moitié de la population. Alors, après #metoo, #balancetonporc, SACHA semble être une vraie réponse à notre échelle suite à cette vague de témoignages. Cette année-là, au festival, le collectif “La Barbe” monte sur scène et dénonce le ratio de femmes sur l'affiche trop faible vis-à-vis du ratio d'hommes, personne ne dira le contraire. La dernière vague féministe et hyper puissante et rend beaucoup de pouvoir aux personnes concernées. Aujourd'hui, le féminisme s'est popularisé grâce à des icônes telles que Yseult ou encore Angèle. Malgré tout, il y a encore quelques mois, un présentateur radio se permet de critiquer ouvertement le physique de Hoshi, des scandales explosent également et on apprend que des artistes tels que Roméo Elvis ou encore Moha La Squale sont accusés de violences sexuelles. Aujourd'hui, des chanteuses finissent par s'auto-produire et mettent en place des mécanismes de survie dans leur milieu. Les femmes et les minorités de genre sont souvent les cibles d'agressions et le milieu culturel n'est pas épargné, tant en tant qu'artiste que travailleurs et travailleuses, qu'en tant que public.

[Transition musicale]

Alixe: Ces constats nous poussent à devoir trouver des solutions et agir collectivement. Quels sont les enjeux pour les féministes en 2021? Nous aurons le point de vue du Plan SACHA qui fait partie de notre festival.

Eli: (...) Donc, vous nous avez peut-être déjà vu.e.s à Esperanzah! avec nos stands, nos bénévoles, avec nos outils, etc. On parle de consentement avec les festivaliers et festivalières...

Alixe: Ensuite, Maguy viendra nous parler d'intersectionnalité.

Maguy: (...) Non seulement, on peut voir les intersections auxquelles une personne peut faire face, mais aussi, cela permet de montrer les privilèges que certains groupes ont par rapport à d'autres groupes...

Alixe: Ensuite, S3toca viendra témoigner de son expérience de jeune rappeuse.

S3toca: (...) Mais oui, effectivement, j'ai eu des personnes un peu malveillantes qui ont voulu plus que parler musique avec moi. Mais voilà, on leur fait comprendre que ce n'est pas possible comme il faut...

Alixe: Et nous terminerons par Maya du “Collectif de Lutte Anti-carcérale”, qui viendra nous parler de justice réparatrice.

Maya: (...) En fait, nous, on aimerait bien remettre du systémique là-dedans et expliquer que les agressions sont permises par un système...

Alixe: En tant qu'acteur culturel, à Esperanzah! nous pensons que nous faisons partie de la solution. Il est impératif de recréer des espaces de débats, de confronter nos points de vue, de faire front ensemble et de trouver des alternatives viables pour une société plus juste. Alors, ensemble, changeons les normes et faisons un détour vers un futur démocratique, social, écologique, antiraciste, féministe et queer.

[Générique: Tshegue "Survivor"]

Cécile: Moi, c'est Cécile, j'utilise le pronom “elle”, j'ai rejoint le Plan SACHA récemment et je me définis comme queer, féministe.

Eli: Et du coup moi enchanté.e c'est Eli, je travaille pour le Plan SACHA depuis octobre 2020. Je m'en fou un peu du genre, j'utilise un peu tous les pronoms. (Coucou maman, ceci est un coming-out non-binaire.) Et ouais, je me définis du coup comme queer, je suis blanche, je préfère le dire, c'est importance aussi de l'assumer. Le Plan SACHA, pour celles et ceux qui ne sont pas au courant, c'est le plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif et qui existe maintenant depuis 2018 et qui a trois axes; l'axe de formation, donc nous on forme des bénévoles. Dans le futur on va former aussi des organisateurs et organisatrices d'événements. Et on a un axe aussi de sensibilisation, donc, vous nous avez peut-être déjà vu.e.s à Esperanzah! avec nos stands, nos bénévoles, avec nos outils, etc. On parle de consentement avec les festivaliers et festivalières. Et ensuite, il y a le dernier axe qui est l'un des plus importants, qui est celui de la prise en charge. Donc, quand vous allez à des événements où il y a un Plan SACHA, il y a un service de prise en charge psychosocial 24 heures sur 24 avec des psys. Et donc, si vous êtes victime ou même témoin, vous pouvez appeler, envoyer des SMS, etc. Il y a des gens qui s'occupent de vous.

Cécile: Le plan social est porté par une multitude et une pluralité de personnes qui portent des féminismes qui sont différents, mais qui se complètent et qui s'articulent les uns aux autres. L'idée c'est que ces différentes luttes, ces différentes tactiques, ces différentes stratégies féministes s'articulent les unes aux autres pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles au sein des milieux festifs. Nous, dans le Plan SACHA, on distingue trois choses et là, on s'appuie sur un outil qui s'appelle “La Licorne du Genre''. On distingue les identités de genre qui correspondent à comment on se définit. On distingue les sexes qui s'apparentent plutôt au corps. Et enfin, on distingue les expressions de genre qui s'apparentent plutôt à l'apparence.

Eli: On demande souvent aux personnes qui se définissent féministes "Tiens, mais est-ce que vous détestez pas les hommes?". Moi je trouve que ça détourne un peu la question, surtout quand on voit tout ce qui est statistiques au niveau des violences sexistes et sexuelles. Par exemple, là on est à la moitié de l'année, il y a déjà 13 femmes qui ont été tuées sous les coups de leur ex-conjoint, leur conjoint, aussi les travailleuses du sexe, etc. Et donc, moi, la question qui me taraude plus s'il n'y a pas plutôt des hommes qui détestent des femmes. Bon, au vu des chiffres, je pense que ce n'est pas pour rien que le terme “misogynie” existe. Et par contre, ce qu'on déteste, c'est plutôt un système qui donne l'impression aux hommes qu'en fait, ils peuvent se permettre des violences, des abus, etc. Donc ça, c'est vraiment ce qu'on déteste, ce qu'on a envie de faire changer. Et qui je pense, toute personne, qu'importe son genre, a envie de changer ça, ou devrait avoir envie.

Pour les enjeux qui traversent actuellement le Plan SACHA, bon il y en a à peu près des millions. Maintenant, dans les principaux, il y a la question des demandes. Il faut savoir que dans le Plan SACHA, pour le moment, on est deux personnes employées et bientôt, ça sera plus qu'une personne. Sauf qu'on a énormément de demandes parce qu'on est les seuls à s'occuper de la question du consentement dans ce milieu spécifique qu'est le milieu festif. Et donc, quand on a des #balancetonfolklore ou ce genre de #balancetonporc, mais en fait, ce qui se passe, c'est qu'il y a des organisateurs d'événements, on a des festivals, on a des échevines de ville qui viennent nous contacter en disant: "Bon bah voilà. Moi, j'aimerais bien mettre en place un Plan SACHA. Moi, j'aimerais bien faire une formation." Et voilà, nous, on est vraiment des petites mains.

Et donc, il y a aussi une question d'argent concrètement, pour pouvoir continuer à être plus et aussi arrêter de faire du bénévolat parce qu'en fait, dans les milieux féministes, on est concerné.e.s et donc c'est usant et c'est très râlant de devoir travailler gratuitement pour des choses où ça nous concerne aussi directement. Et donc ça, c'est un des enjeux qui est la question de l'emploi et d'être plus pour pouvoir s'occuper de plus de monde parce qu'en fait, nous, si on s'en occupe pas, mais y'a personne qui le fait quoi.

Après, il y a une autre question qui, je pense, un petit peu traverse aussi d'autres mouvements féministes, c'est qu'est ce qu'on fait des agresseurs? Qu'est ce qu'on fait de toute cette violence? Parce que la réponse qui, en tout cas, est souvent donnée, c'est l'exclusion. Ben voilà, on va mettre quelqu'un en dehors du festival ou alors dans la société, on va mettre la personne en prison. Sauf que nous, ce n'est pas vraiment une solution. Je pense pas que ça soit déjà arrivé, que des mecs ou n'importe quelle personne, n'importe quel genre, sortent de prison en disant: "Maintenant, je suis un super allié.e, je suis super déconstruit.e!" Non, ça n'arrive pas or c'est aussi ce qu'il faut, déconstruire ce que l'on appelle aussi la culture du viol, soit dans des films, on nous montre des scènes, même dès l'enfance, c'est normal de soulever la jupe des filles. C'est déjà des petites choses. Pour le moment, c'est des questions qui traversent le Plan SACHA, qu'est ce qu'on fait de l'agresseur? Est-ce qu'on les met purement et simplement dehors? Est-ce qu'on prend un temps pour expliquer, mais juste dix minutes ou même une heure au moment du festival, c'est un peu compliqué. Imaginons si la personne a bu ou pas et on ne sait pas forcément faire un suivi après. Et si on voulait faire un suivi après, du coup, logistiquement, en termes d'argent, ça demanderait du gros suivi.

Mais quand je parle de l'agresseur, je ne parle pas seulement des festivaliers et des festivalières, ça peut autant être des membres de l'équipe que aussi des membres des affiches, du line up, de la programmation. Et c'est vrai que ce sont des questions qu'on peut avoir quand on a un Moha La Squale, quand on a un Roméo Elvis. Bon là on a deux cas différents, on a un Moha qui, je ne pense pas ait présenté d'excuses, qu'il ait assumé. A l'inverse, on a un Roméo Elvis qui assume, qui s'excuse. Mais qu'est ce qu'on fait? Typiquement pour Esperanzah!, il y a déjà eu Roméo Elvis à l'affiche, mais c'était avant que ses aveux soient sortis dans la presse, etc. Voilà comment est-ce qu'un festival est censé réagir? Comment est-ce qu’on fait pour la suite? Est ce que c'est des gens qui sont blacklistés, mais blacklistés pour combien de temps? Est-ce que c'est à vie? Est-ce que c'est pendant cinq ans? Et ça, ce sont des questions aussi compliquées et ça peut même arriver que voilà, les artistes sont dans des positions où en fait t'as un pouvoir et donc, tu peux profiter des petites bénévoles qui passent. Et même, il faut avoir aussi un œil sur ça. Imaginons, on a un artiste qui agit avec des comportements sexistes. Qu'est ce qu'on fait? Est ce que le jour même on annule et on explique? Voilà ça c'est des enjeux qui nous traversent dans le Plan SACHA mais qui doivent aussi traverser les structures avec qui on travaille parce que ça c'est aussi des décisions qui sont les leurs. Nous, on ne peut pas dire: "Vous maintenant, vous annulez votre tête d'affiche." C'est à elleux de prendre cette décision là et c'est une décision difficile parce que ça a aussi un coût, etc. Ou alors il faut l'écrire dans les contrats: "Merci de respecter nos bénévoles".

[Transition musicale]

[Son clavier de téléphone, ça sonne. Maguy parle depuis son téléphone]

Maguy: Je m'appelle Maguy Ikulu, j'ai 29 ans et je suis chargée de plaidoyer pour BePax et chargée de projet NAPAR qui est un projet européen au service de la coalition NAPAR qui a pour but de mettre en place un plan d'action contre le racisme en Belgique. Et je me définis aussi comme une militante afroféministe, antiraciste et décoloniale.

L'intersectionnalité, c'est une grille de lecture qui permet de voir, en fait, tous les axes d'oppression qu'il existe dans une société et auxquels une personne peut faire face. Et ce qui est bien aussi avec cette grille de lecture, c'est que, non seulement, on peut voir les intersections auxquelles une personne peut faire face, mais aussi, ça permet de montrer les privilèges que certains groupes ont par rapport à d'autres groupes. Alors, par exemple, je vais donner le cas d'une femme voilée. Elle fait face à différentes oppressions en tant que femme, d'une part, et en tant que femme voilée d'autre part, parce qu'elle va subir le sexisme et elle peut subir aussi l'islamophobie. Mais ça peut aussi aller beaucoup plus loin quand on est face, par exemple, à une femme noire, handicapée, etc. Une femme noire et queer... Donc ça permet vraiment de voir les intersections, les dominations, les oppressions auxquelles une personne peut faire face.

Ce terme a longtemps été bloqué dans la sphère académique. Il faut savoir que ce n'est pas du tout un nouveau terme. Il existe, il a été popularisé et théorisé par Kimberlé Crenshaw déjà dans les années 60 aux Etats-Unis, et il est arrivé sur la scène européenne dans les années 90, donc c'est quand même il y a 30 ans. Mais c'est vrai qu'il s'est davantage vulgarisé et popularisé au niveau de la société civile, avec une reprise médiatique et politique assez récemment. Et c'est pour ça que des gens pensent que c'est un terme nouveau, alors que pas du tout, en fait.

Pour moi, les premiers outils à mettre en place, c'est vraiment les lois. C'est changer les lois et les rendre plus performantes, plus efficaces. C'est à dire qu'aujourd'hui, on a des lois qui reconnaissent le sexisme, on a des lois qui reconnaissent le racisme, mais qui ne définissent pas ce que c'est et qui ne reconnaissent pas les dimensions systémiques de ces deux fléaux, de ces deux oppressions et dominations. Et tant qu'on ira pas dans l'aspect systémique et qu'on ne reconnaîtra pas que notre système entier et la structure sociale dans laquelle nous vivons est fondée sur le racisme notamment, sur le sexisme aussi, on ne pourra pas réellement mettre des outils en place pour lutter efficacement contre cette domination.

Donc, moi, je dirais que, vraiment, la première chose à faire, c'est de revoir nos lois.

[Musique: Yseult "Corps"]

[Transition musicale]

[Freestyle de S3toca] 

S3toca: Bonjour, je m'appelle S3toca, j'ai 20 ans et je suis artiste et je fais de la musique maintenant depuis quelques années, mais je m'y suis mise sérieusement depuis novembre. J'ai sorti mon premier clip en novembre 2020. 

J'ai eu des personnes un peu malveillantes qui ont voulu plus que parler musique avec moi. Mais voilà, on leur fait comprendre que ce n'est pas possible comme il faut, tout simplement. Pour moi, je pense que chaque femme a son côté masculin, comme chaque homme a son côté féminin. Alors, garçon manqué? Bah oui, parce que quand j'étais petite, j'étais la seule fille à jouer au foot avec les gars. Et alors toutes les filles se disaient: "Mais alors c'est un garçon manqué, c'est un garçon manqué!", mais je pense que non. Je pense que l'on peut être féminine en faisant du rap. Voilà, je dis des phrases vraies qui sont un peu choc, mais je garde mon côté féminin. La preuve il y a plein d'artistes, DIAM'S elle s'habillait en jogging, elle était en mode bonhomme. Et pourtant, elle était très féminine. Doria, aujourd'hui, Aya Nakamura aussi est hyper féminine. Et je pense qu'à un moment de sa vie, on se tâte et c'est pas parce qu'on s'habille de telle manière que l'on n’est pas féminine. Non, je pense qu'on peut être même garçon manqué en étant féminine. Être managé par une femme, c'est totalement par hasard, totalement. Je ne suis pas du genre à dire "non, moi je ne veux que des femmes dans mon équipe." Non, je ne suis pas dans ce mood là du tout. Et d'ailleurs, même avoir un homme dans mon équipe ne serait pas de refus parce que j'estime que déjà, il faut avoir un minimum de confiance, que ce soit envers une femme ou envers un homme. Et il faut un feeling aussi donc je pense que femme ou homme, on a besoin de l'un de l'autre, donc c'est vraiment un pur hasard. Et c'est chouette aussi, être deux femmes, ça fait peur. Des fois, ça fait peur aux hommes quand on a deux gros caractères. Et voilà.

[Transition musicale]

Maya: Bonjour, je m'appelle Maya, je fais partie de la CLAC, c'est l'acronyme de “Collectif de Lutte Anti-Carcérale”. C'est un collectif qui lutte pour l'abolition des prisons et du système pénal tel qu'il est. Il y a deux parties :  il y a la partie qui est comment c'est géré par le système pénal qu'on critique, où la victime existe très peu. Et on a tendance à rendre l'auteur monstrueux, comme si son comportement était individuel et lié souvent à une histoire personnelle, etc. et qui n'est pas spécialement bien prise en compte non plus. En fait nous on aimerait bien remettre du systémique là dedans et expliquer que les agressions, elles, sont permises par un système et, en fait, validées. Et il y a la partie de ce que nous, on essaye de faire et de créer autrement, et donc c'est essayer que ce comportement ne se reproduise pas, mais aussi essayer de voir à quel point il est partout.

En fait, parler de viols ordinaires, etc. et pas faire du violeur une figure de monstre, mais plus voir comment ça apparaît et comment ça structure notre société et nos vécus en tant que personnes, individus et groupes. Ça veut aussi dire essayer de créer des milieux où ça se passe moins et essayer de rappeler des réactions à ça qui permettent que ça ne se passe plus et qui fonctionnent, en tout cas pas comme le système pénal, et qui font exister la personne qui a été la cible de l'agression. Dans le processus, ils sont plus à l'écoute de ses besoins en tant que personne.

Il y a plein d'expériences de justice transformatrice, c'est comme ça qu'on appelle le processus, un peu en opposition au système pénal actuel, dont l'idée est qu'il y ait un réel changement. Donc, il y a pleins d'expériences, ça existe depuis super longtemps. Et moi, j'en ai déjà vécu, mais pas avec une réelle procédure collective. Enfin, une procédure collective, mais assez isolée avec des amis. Et en fait, on se rend compte que, souvent, dans le milieu militant en tout cas, ou dans d'autres milieux, c'est comme ça que ça se passe. C'est des réactions qui sont isolées et souvent, il y a un groupe de soutien autour des personnes qui ont été les cibles ou de la personne cible de l'agression et un groupe de responsabilisation. C'est un peu des formes connues de justice transformatrice. Un groupe de responsabilisation qui va se charger d'entourer l'auteur, de faire en sorte que cette personne change ou ne reproduise pas ce comportement. Ça existe et j'ai l'impression que ça a pu exister dans ma vie, mais c'est pourquoi on lutte aussi pour que ce soit beaucoup plus collectivisé et que les ressources qui donnent accès à ça soient collectivisées. Et ça, c'est vraiment l'objectif de “Matrisses” qui est un réseau collectif nouveau, bruxellois et qui essaye de rendre accessible des outils, de former une espèce de boîte à outils virtuelle avec des traductions et des résumés autour de ces questions-là.

Aussi, je pense à Roméo Elvis, en vrai il y a plein d'autres rappeurs qui ne sont pas blancs, pas mecs, pas cis et qui ne sont pas violeurs. Et donc, j'aurais envie de dire oui, faisons passer d'autres gens et en fait, ça attirera peut-être plus de meufs qui se sentiront à l'aise. Il y a, peut-être, des personnes qui ne se sentent pas à l'aise de voir Roméo Elvis sur une scène et en fait, ça va exclure toute une partie de femmes qui sont en souffrance par rapport à ça et rameuter un autre public. Et donc ce sont des questions hyper compliquées, quoi. Pour moi, quand il s'agit de personnes qui ont du pouvoir. Bah alors, c'est un peu plus compliqué. Mais s'il y a un processus, ce serait trop cool. Nous, on réfléchit à petite échelle du coup, mais ça serait trop cool qu'il y ait des processus qui se mettent autour de ces personnes-là qui ont plus de pouvoir et de réfléchir ensemble.

[Générique: Tshegue "Survivor"]

Alixe: Le constat est unanime, on vise le système du patriarcat qui permet aux hommes de maintenir une position de domination. Il y a une réelle urgence à apporter un soutien et une écoute aux personnes ciblées par ces agressions, ainsi qu'au système en place et collectifs qui crée ces violences. A Esperanzah!, on a mis en place le Plan SACHA qui répond à une partie du problème sur notre événement. Mais malgré tout, on reste avec pas mal de questions sur les bras. Que faisons-nous des agresseurs? Comment ne pas recréer de l'exclusion, qui est une solution qui semble très individuelle pour un problème finalement très collectif? Il y a plein d'interrogations sur ce qu'il reste à faire. Ce n'est pas un mouvement figé et il n'arrête pas d'évoluer, tout comme l'intersectionnalité. Cela fait des années que des concepts existent, que des expérimentations se passent. Il faut pouvoir continuer à échanger et partager nos ressources pour ensuite, les populariser et construire un futur féministe. Alors, rendez-vous à Esperanzah! pour faire un détour vers un futur encore plus féministe.

[Générique: Tshegue "Survivor"]

Alixe: Ce podcast a été réalisé par Esperanzah! Music Festival en collaboration avec Tout Va Bien dans le cadre de sa campagne en éducation permanente avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Tout d'abord, merci à Malaïka et Fred, merci à Radio Panik pour son accueil. Merci à Eli et Cécile pour le Plan SACHA, à Maguy pour BePax et Maya de la CLAC. Merci également à S3toca pour sa parole de jeune artiste. Merci à Laura pour sa sélection musicale de feu. Vous pouvez retrouver les détails de celle-ci dans la retranscription de cet épisode. Un tout grand merci à Ultra Vague pour son montage mixage et spécialement à Cassi pour ses nombreux conseils. Merci également au travail des personnes du Village des Possibles qui sont venues alimenter les prémices de ce projet et que l'on retrouvera sur le festival.

[Générique: Tshegue "Survivor"]